Catherine Frachisse
Comprendre ce qu'est vraiment le véganisme. Se former pour transmettre. C'est ainsi que commence le monde végane de demain. Understanding what veganism really is. Training ourselves to pass it on. This is how tomorrow's vegan world begins.
« Le processus est destiné à ceux d'entre nous qui souhaiteraient que les autres changent et réagissent favorablement, mais à la seule condition qu'ils le fassent de leur plein gré et du fond du cœur. »
— Marshall Rosenberg
"The process is designed for those of us who would like others to change and respond, but only if they choose to do so willingly and compassionately."
— Marshall Rosenberg
Le projet
Ce site s'adresse à toute personne qui s'intéresse aux animaux et qui souhaite réfléchir à la relation que nous entretenons avec eux.
Que vous ayez douze ou quatre-vingt-douze ans, que vous soyez déjà familier avec le véganisme ou que vous le découvriez, vous trouverez ici des ressources pour vous informer, vous questionner, approfondir votre réflexion et vous exprimer.
N'hésitez pas à me faire part des remarques ou des questions que ce site vous inspire, dans la rubrique .
The project
For anyone who cares about animals and wants to reflect on the relationship we have with them.
Whether you are twelve or ninety, whether you are already familiar with veganism or are just discovering it, you will find resources here to inform yourself, question your own views, deepen your thinking, and express yourself.
Please feel free to share any comments or questions that this website may inspire, in the section.
Présentation du projet
Son origine
Il y a neuf ans, une vidéo a bouleversé mes certitudes. Je venais de comprendre que je faisais des victimes, quotidiennement. Je n'avais jamais vu la chose sous cet angle et j'étais horrifiée. Ça ne me correspondait pas. Pas du tout.
Cette vidéo était « le discours le plus important de votre vie » de Gary Yourofsky. Gary était un activiste végane américain, devenu populaire grâce à cette conférence. Son discours passionné m'avait immédiatement touchée et je suis devenue « végane » dès ce moment.
Je souhaitais partager cette nouvelle incroyable autour de moi mais je ne trouvais pas d'écho. Et surtout, je ne savais pas argumenter.
Je me suis documentée via des conférences, des entretiens, des livres sur le sujet. Il était beaucoup question de nourriture, de santé et de raisons écologiques. Mais plus je réfléchissais au sujet, plus les arguments s'additionnaient et se complexifiaient. J'allais devoir devenir incollable en écologie ou en nutrition pour défendre la raison d'être du véganisme devant mes amis. Au fond, je sentais que quelque chose clochait. Le véganisme était pour moi une évidence et il devait pouvoir se formuler clairement. Cette formulation désirée m'échappait.
En réalité, il me manquait une pièce maîtresse : la dimension éthique du véganisme. J'allais la découvrir en 2024 suite à ma rencontre avec Jérémie Lopez sur les réseaux sociaux.
Jérémie était activiste végane depuis l'âge de 23 ans. Il vouait sa vie à la défense des animaux. J'ai commencé par la lecture de ses livres : le Guide du Véganisme et le Guide de l'Activisme Végane.
J'ai tout de suite ressenti un changement de perspective et un recentrage qui donnaient tout son sens au véganisme. Je venais de découvrir son principe éthique fondateur. En vérité, jusque là je pratiquais le véganisme, mais je n'avais pas encore perçu sa dimension morale profonde. Ce qui était confus devenait limpide.
Maintenant, je comprenais vraiment l'injustice de l'oppression que vivent les animaux par notre faute. J'en voyais les raisons, et surtout je réalisais que je ne pouvais rester inactive.
Jérémie m'a proposé de l'accompagner dans son projet « construire un monde végane ». Il avait développé une approche d'éducation végane que je trouvais puissante. Il m'a formée à sa méthode. Une compréhension juste du véganisme, débarrassée de ses pièges, m'apparaissait enfin. Mon regard avait définitivement changé.
Il s'agissait d'adopter un point de vue différent, un véritable changement de paradigme.
Petit à petit, durant deux années, ma vision du véganisme s'est clarifiée. Les arguments non véganes qui me semblaient auparavant insurmontables s'effaçaient.
La lecture des livres avait été un déclencheur : j'avais perçu clairement la nécessité d'utiliser ma voix pour les animaux et je ressentais la puissance de l'approche proposée. Jérémie avait mis une dizaine d'années à élaborer et formaliser son approche éducative. Pendant deux années, il me l'a transmise. Je peux maintenant à mon tour la mettre en œuvre. J'ai pu en expérimenter sur le terrain la justesse et la puissance.
Aujourd'hui, je lance mon propre projet pour diffuser à mon tour ce que j'ai appris. Les bonnes volontés ne suffisent pas. Construire un monde sans exploitation animale requiert un travail rigoureux. Ce travail est aussi exigeant qu'il est passionnant.
Son objectif
Comprendre le véganisme.
Affiner notre pensée pour défendre les animaux sans jamais les trahir.
Pour qu'un jour les animaux soient enfin libres de l'oppression des humains, un changement dans notre relation avec eux doit s'effectuer. Pour cela, nous devons nous attaquer à la racine de l'exploitation des animaux. Cela s'apprend.
Vous trouverez ici des ressources éclairantes sur le sujet et des outils pédagogiques pour vous approprier à votre rythme le message éthique.
Tout ce qu'il vous faudra, c'est être sincèrement motivé pour les animaux et ouvert au changement. En toutes circonstances, une attitude respectueuse sera exigée.
Les fondements de ma démarche
- Agir sur ce qui est en notre pouvoir : nos propres pensées, paroles et actions, pour être les meilleurs défenseurs des animaux ;
- Nous mettre en action pour inspirer en informant, en expliquant, sans dévaloriser ni attaquer les personnes ;
- Faire confiance en la capacité de changement qui réside en chacun de nous.
Presentation of my project
Its origins
Nine years ago, a video shook my certainties. I had just realized that I was causing victims every day. I had never seen things from that perspective before, and I was horrified. It was not who I was. Not at all.
This video was Gary Yourofsky's "The Most Important Speech You Will Ever Hear." Gary was an American vegan activist who became well known through this talk. His passionate speech immediately touched me, and I became "vegan" from that moment on.
I wanted to share this incredible news with those around me, but I found little response. And above all, I did not know how to argue my case.
I researched the subject through talks, interviews, and books on the subject. There was a great deal of focus on food, health, and environmental reasons. But the more I thought about the issue, the more the arguments accumulated and became increasingly complex. I was going to have to become an expert in ecology or nutrition in order to defend the very reason for veganism to my friends. Deep down, I felt that something was wrong. Veganism was obvious to me, and I felt that it should be possible to formulate it clearly. But the formulation I was looking for eluded me.
In reality, I was missing a key piece: the ethical dimension of veganism. I would discover it in 2024, following my meeting with Jérémie Lopez on social media.
Jérémie had been a vegan activist since the age of 23. He had devoted his life to defending animals. I began by reading his books: The Veganism Guide and The Vegan Activism Guide.
I immediately felt a change in perspective and a refocusing that gave veganism its full meaning. I had just discovered its founding ethical principle. In truth, until then, I had been practicing veganism, but I had not yet grasped its deeper moral dimension. What had been confusing became clear.
I now truly understood the injustice of the oppression that animals endure because of us. I could see the reasons behind it, and above all, I realized that I could not remain inactive.
Jérémie invited me to join him in his project, "Creating a Vegan World." He had developed an approach to vegan education that I found powerful. He trained me in his method. At last, I could see a clear understanding of veganism, free from its pitfalls. My perspective had definitively changed.
It was a matter of adopting a different point of view—a true paradigm shift.
Little by little, over the course of two years, my understanding of veganism became clearer. The non-vegan arguments that had previously seemed insurmountable began to fade away.
Reading the books had been the trigger: I had clearly understood the need to use my voice for animals, and I felt the power of the approach that was being proposed. Jérémie had spent around ten years developing and formalizing his educational approach. For two years, he passed it on to me. I can now put it into practice myself. I have been able to test its soundness and effectiveness in the field.
Today, I am launching my own project to share what I have learned in turn. Good intentions are not enough. Creating a world without animal exploitation requires rigorous work. This work is demanding, but it is just as fascinating.
Its goal
Understand veganism.
Refine our thinking so that we can defend animals without ever betraying them.
For animals to one day finally be free from human oppression, a change must take place in our relationship with them. To achieve this, we must address the root of animal exploitation. This can be learned.
Here, you will find enlightening resources on the subject, as well as educational tools to help you make the ethical message your own, at your own pace.
All you need is to be sincerely motivated by concern for animals and open to change. A respectful attitude will be required at all times.
The foundations of my approach
- Act on what is within our power: our own thoughts, words and actions, so that we can be the best advocates for animals;
- Take action to inspire by informing and explaining, without belittling or attacking people;
- Trust in the capacity for change that resides within each of us.
Pourquoi le nom My Veganism
Le véganisme est un principe éthique. Ce principe est clair et n'est pas variable selon les personnes. En revanche, la compréhension de ce principe est un cheminement personnel. Votre appropriation de ce principe est unique. La façon dont vous en témoignerez, le transmettrez, sera aussi unique. Ce site est conçu pour vous accompagner sur ce chemin vers un monde juste pour les animaux.
Why the name My Veganism
Veganism is an ethical principle. This principle is clear and does not vary from person to person. However, understanding this principle is a personal journey. The way you come to understand and embody it is unique to you. The way you express it and share it with others will also be unique. This website is designed to accompany you on this journey toward a world that is just for animals.
Pourquoi le dialogue est essentiel
Nous avons tous en commun des caractéristiques biologiques et psychologiques inhérentes à notre espèce. Chacun est néanmoins unique, avec son histoire, ses croyances, ses habitudes et ses peurs.
Ce qui distingue un végane d'un non-végane est le regard qu'il porte sur les animaux. Le végane a remis en question le conditionnement spéciste qui lui a été transmis et considère les animaux comme des individus qui ne doivent pas être exploités.
Il est essentiel de se rappeler que, lorsque nous n'étions pas véganes, nous n'étions pas pour autant des personnes moins bien intentionnées. Nous ne percevions simplement pas une injustice majeure que notre éducation, notre culture et notre environnement avaient rendue largement invisible.
Les animaux ne peuvent pas convaincre les humains de changer. Ce sont donc les humains qui doivent convaincre d'autres humains.
Les véganes portent la voix des animaux et inspirent le changement. Les non-véganes qui remettent en question leur vision des animaux deviennent ensuite, à leur tour, des acteurs de cette transformation. C'est donc grâce au travail d'éducation mené par les véganes et au pouvoir de changement des non-véganes que naît l'espoir d'un monde végane.
Cette idée change profondément notre manière d'aborder les autres. Voir les non-véganes comme des adversaires rend le dialogue difficile et compromet la possibilité même du changement. À l'inverse, les aborder avec confiance permet de créer les conditions d'une remise en question sincère.
Le changement authentique ne s'obtient ni par la force ni par l'humiliation. Comme l'écrit Marshall Rosenberg, il s'agit de souhaiter « que les autres changent et réagissent favorablement, mais à la seule condition qu'ils le fassent de leur plein gré et du fond du cœur ».
Une telle démarche demande de croire en la capacité de chacun à évoluer. Elle exige aussi de développer ses compétences pédagogiques afin d'être convaincant et inspirant. Enfin, elle nécessite de la patience : les résultats visibles peuvent mettre du temps à apparaître.
Le changement recherché ne consiste pas à modifier des comportements de consommation. Il s'agit d'une transformation profonde de la manière de voir les animaux, dont découlent ensuite des changements de comportements. Remettre en question un conditionnement reçu depuis l'enfance est un processus qui demande souvent du temps et qui suit un rythme différent pour chacun.
Notre mission, en tant que véganes, est donc de porter la voix des animaux avec constance, patience, respect et bienveillance. Certaines personnes feront évoluer leur regard et porteront ce message à leur tour. D'autres ne changeront peut-être pas immédiatement. Mais elles auront été confrontées à une remise en question de leur vision des animaux. Cette première réflexion pourra devenir le point de départ d'un changement futur.
En pratique
- Garder à l'esprit que les personnes non véganes ne sont pas mal intentionnées.
- Comprendre que leurs questions et leurs objections reflètent avant tout une vision spéciste du monde.
- Critiquer les idées spécistes, jamais la valeur des personnes.
- Répondre par une argumentation claire, pédagogique et responsabilisante.
- Rester courtois et bienveillant, tout en sachant être ferme.
- Lorsque le dialogue devient stérile ou irrespectueux, savoir y mettre fin.
The importance of dialogue
We all share biological and psychological characteristics inherent to our species. Nevertheless, each of us is unique, with our own history, beliefs, habits, and fears.
What distinguishes a vegan from a non-vegan is the way they view animals. Vegans have questioned the speciesist conditioning they were raised with and consider animals to be individuals who should not be exploited.
It is essential to remember that when we were not vegan, we were not necessarily less well-intentioned people. We simply did not perceive a major injustice that our education, culture, and environment had made largely invisible.
Animals cannot convince humans to change. Therefore, it is humans who must convince other humans.
Vegans give a voice to animals and inspire change. Non-vegans who question their view of animals then become, in turn, agents of this transformation. It is therefore through the educational work carried out by vegans and the power of non-vegans to bring about change that hope for a vegan world emerges.
This idea profoundly changes the way we approach others. Seeing non-vegans as adversaries makes dialogue difficult and undermines the possibility of change itself. By contrast, approaching them with trust helps create the conditions for sincere self-questioning.
Authentic change cannot be achieved through force or humiliation. As Marshall Rosenberg explains, we may wish for others to change and respond favorably, but only if they do so willingly and compassionately.
Such an approach requires believing in each person's ability to evolve. It also requires developing our educational skills in order to be convincing and inspiring. Finally, it requires patience: visible results may take time to appear.
The change we seek is not about changing consumption behaviors. It is about a profound transformation in the way we see animals, from which changes in behavior result. Questioning conditioning received since childhood is a process that often takes time and follows a different pace for each person.
Our mission, as vegans, is therefore to give a consistent voice to animals with patience, respect, and kindness. Some people will change the way they see animals and carry this message forward themselves. Others may not change immediately. But they will have been confronted with a questioning of their view of animals. This first reflection may become the starting point for future change.
In practice
- Keep in mind that non-vegan people are not ill-intentioned.
- Understand that their questions and objections primarily reflect a speciesist view of the world.
- Criticize speciesist ideas, never the worth of the people who hold them.
- Respond with clear, educational arguments that help people acknowledge their responsibility.
- Remain courteous and kind, while also remaining firm.
- When dialogue becomes fruitless or disrespectful, be able to bring it to an end.
Ressources
Des textes, des définitions et des liens choisis pour leur pertinence. Cette sélection est amenée à évoluer au fil du temps, tout au long de la « vie » du site.
Connaître l'histoire du véganisme, clarifier le sens de certains mots clés, approfondir une notion… sont autant de moyens d'affiner sa compréhension. Une meilleure connaissance permet de remettre en question les idées reçues et de faire évoluer sa réflexion.
Cette section constitue une base pour se former aux fondements du véganisme et un point de repère essentiel pour la mise en pratique de la partie « Entraînement ».
Resources
Texts, definitions and links selected for their relevance. This selection will evolve over time, throughout the "life" of the site.
Knowing the history of veganism, clarifying the meaning of certain key terms, exploring a concept in greater depth… are all ways of refining our understanding. A better understanding allows us to question preconceived ideas and develop our thinking.
This section provides a foundation for learning about the principles of veganism and serves as an essential reference point for putting the "Training" section into practice.
Naissance du véganisme
Aujourd'hui, le mot « véganisme » est souvent associé à un mode de vie sans produits d'origine animale. Pourtant, cette dimension n'est qu'une conséquence pratique d'une idée plus fondamentale qui est au cœur de son origine : la remise en question du droit que l'être humain s'est accordé d'exploiter les animaux.
Le véganisme apparaît au Royaume-Uni dans les années 1940, au sein de la Vegetarian Society.
À cette époque, certains végétariens considèrent qu'il existe une contradiction morale à refuser de manger de la chair animale tout en continuant à consommer du lait et des produits issus de l'exploitation des animaux.
En 1944, Donald Watson était secrétaire de la Leicester Vegetarian Society et un militant végétarien de longue date. C'est depuis cette position qu'il a rassemblé les personnes à l'origine de ce courant végétarien sans produits laitiers ni œufs. La Vegetarian Society refuse la création en son sein d'un groupe spécifique pour ces végétariens « sans produits laitiers ». C'est ainsi que ce groupe fonde The Vegan Society.
C'est à cette occasion que le mot « vegan » est choisi, contraction du début et de la fin du mot « vegetarian ».
Dès l'origine, le mouvement dépasse largement la question alimentaire.
Dans le premier numéro de The Vegan News (1944), les fondateurs écrivent :
« Nous pouvons voir très clairement que notre civilisation actuelle est bâtie sur l'exploitation des animaux, tout comme les civilisations passées étaient bâties sur l'exploitation des esclaves… »
— The Vegan News, 1944
Cette phrase révèle déjà une idée centrale : le problème est la relation entre les humains et les autres animaux.
Le 4e numéro (août 1945) déclarait :
« L'objet de la Vegan Society est de s'opposer à l'exploitation de la vie sentiente, que ce soit profitable ou non de le faire. »
— The Vegan News, 1945
Une autre idée centrale est ici explicitée : la raison du véganisme n'est pas le profit des humains.
La recherche d'une définition
Leslie J. Cross, l'un des principaux penseurs du mouvement, cherche à comprendre précisément ce que signifie le véganisme.
Il écrit en 1949 :
« La nature du développement de la Vegan Society suggère que la définition devrait prendre la forme d'un principe, duquel certaines pratiques découlent logiquement, et non sous la forme d'un ensemble de pratiques ou d'objectifs. »
— Leslie J. Cross, 1949
Cette distinction est fondamentale.
Le véganisme n'est pas défini par une liste d'aliments interdits ou de comportements à adopter. Ces pratiques existent parce qu'elles sont la conséquence d'un principe plus général.
Cross poursuit :
« La recherche d'un tel principe n'est pas une tâche d'invention, mais un voyage de découverte. Le principe existe : notre travail est de le trouver. »
— Leslie J. Cross
Pour lui, le rôle du mouvement n'est pas de créer une nouvelle règle, mais de mettre en lumière une réalité morale déjà présente : si les animaux sont des êtres capables de ressentir, alors leur utilisation comme moyens au service des intérêts humains doit être remise en question.
Le principe découvert
Après plusieurs années, Leslie J. Cross aboutit à la formulation :
« Le véganisme est la doctrine selon laquelle l'être humain doit vivre sans exploiter les animaux. »
— Définition adoptée par la Vegan Society, 1951
Et son objectif est formulé ainsi :
« Mettre fin à l'exploitation des animaux par l'être humain. »
— Vegan Society, 1951
Cette définition transforme profondément la nature du mouvement.
Le véganisme n'est pas une manière de s'alimenter : il est un principe éthique dont découlent différentes applications.
Ainsi, le refus des produits alimentaires issus des animaux, du cuir, de la fourrure, de la chasse, de la vivisection ou de toute autre utilisation exploitante n'est pas le fondement du véganisme : ce sont les conséquences logiques du principe.
Un mouvement de libération
Le véganisme est pensé comme la suite logique de l'abolition de l'esclavage humain.
Pour Leslie J. Cross, le problème fondamental est une croyance : celle selon laquelle l'être humain aurait le droit moral d'utiliser les animaux pour ses propres fins.
Dans The Vegan Story (1955), il résume ainsi l'idée centrale :
« Le véganisme est essentiellement une doctrine de liberté. Il cherche à libérer les animaux de leur asservissement par l'être humain, et l'être humain d'une fausse croyance : celle qu'il a le droit d'utiliser les animaux pour ses propres fins. »
— Leslie J. Cross, The Vegan Story, 1955
Le projet initial du véganisme n'était donc pas de rendre l'exploitation animale plus acceptable ou plus « respectueuse ». Il était de remettre en cause le principe même d'exploitation.
Évolution de la définition vers un mode de vie
Cette définition historique du véganisme a ensuite évolué au sein de la Vegan Society, alors que Leslie J. Cross était décédé.
La définition officielle a été progressivement reformulée pour devenir celle qui est aujourd'hui largement utilisée :
« Le véganisme est une philosophie et un mode de vie qui cherche à exclure, dans toute la mesure du possible et de ce qui est réalisable en pratique, toutes les formes d'exploitation des animaux et de cruauté envers eux, que ce soit pour l'alimentation, l'habillement ou toute autre finalité ; et, par extension, encourage le développement et l'utilisation d'alternatives ne faisant pas appel aux animaux, au bénéfice des animaux, des êtres humains et de l'environnement. »
— The Vegan Society, définition en usage depuis l'hiver 1988
La Vegan Society indique que cette définition a été « modifiée et affinée au fil des années » et précise que cette formulation était en usage à partir de l'hiver 1988.
Cette évolution marque un déplacement dans la manière de présenter le véganisme : alors que la définition de Leslie J. Cross plaçait explicitement au centre le principe de l'émancipation des animaux de l'exploitation humaine, la formulation actuelle le présente comme une philosophie et un mode de vie visant à exclure certaines pratiques d'exploitation et à développer des alternatives.
Cette dernière définition est celle qui est unanimement adoptée et ancrée au sein du mouvement « végane ».
Source : Leslie J. Cross, co-fondateur avec Donald Watson du concept « véganisme », relate le cheminement de pensée qui a mené à cette définition dans plusieurs articles regroupés et mis en ligne par Nathan Schneider — candidhominid.com
Origin of veganism
Today, the word "veganism" is often associated with a lifestyle free from animal products. Yet this dimension is only a practical consequence of a more fundamental idea at the heart of its origins: questioning the right that human beings have granted themselves to exploit animals.
Veganism emerged in the United Kingdom in the 1940s, within the Vegetarian Society.
At the time, some vegetarians considered that there was a moral contradiction in refusing to eat animal flesh while continuing to consume milk and products derived from the exploitation of animals.
In 1944, Donald Watson was secretary of the Leicester Vegetarian Society and a long-standing vegetarian activist. From this position, he brought together the people who were at the origin of this dairy- and egg-free vegetarian movement. The Vegetarian Society refused to allow a specific group for these "non-dairy" vegetarians to be established within the Society. This group therefore went on to found The Vegan Society.
It was on this occasion that the word "vegan" was chosen, formed by taking the beginning and the end of the word "vegetarian."
From its origins, the movement went far beyond the question of food.
In the first issue of The Vegan News (1944), the founders wrote:
"We can see quite plainly that our present civilisation is built upon the exploitation of animals, just as past civilisations were built upon the exploitation of slaves…"
— The Vegan News, 1944
This sentence already reveals a central idea: the problem is the relationship between humans and other animals.
The fourth issue (August 1945) stated:
"The object of The Vegan Society is to oppose the exploitation of sentient life, whether it is profitable to do so or not."
— The Vegan News, 1945
Another central idea is made explicit here: the reason for veganism is not human benefit.
The search for a definition
Leslie J. Cross, one of the movement's leading thinkers, seeks to understand precisely what veganism means.
In 1949, he writes:
"The nature of the development of The Vegan Society suggests that the form in which definition should be accomplished is the form of a principle, from which certain practices logically devolve, and not in the form of a set of practices, or aims."
— Leslie J. Cross, 1949
This distinction is fundamental.
Veganism is not defined by a list of forbidden foods or behaviors to adopt. These practices exist because they are the consequences of a more general principle.
Cross goes on:
"The search for such a principle is not an inventive task, but a voyage of discovery. The principle exists — it is our job to find it."
— Leslie J. Cross
For him, the role of the movement is not to create a new rule, but to bring to light a moral reality that already existed: if animals are sentient beings, then their use as means to serve human interests must be called into question.
The principle discovered
After several years, Leslie J. Cross arrives at the formulation:
"The word veganism shall mean the doctrine that man should live without exploiting animals."
— Definition adopted by the Vegan Society, 1951
And its objective is formulated as follows:
"To end the exploitation of animals by man."
— Vegan Society, 1951
This definition profoundly transforms the nature of the movement.
Veganism is not a way of eating: it is an ethical principle from which different applications follow.
Thus, rejecting animal-derived food products, leather, fur, hunting, vivisection, or any other exploitative use is not the foundation of veganism: these are the logical consequences of the principle.
A liberation movement
Veganism is conceived as the logical continuation of the abolition of human slavery.
For Leslie J. Cross, the fundamental problem is a belief: the belief that human beings have the moral right to use animals for their own ends.
In The Vegan Story (1955), he summarizes the central idea as follows:
"Veganism is essentially a doctrine of freedom. It seeks to free the animals from bondage to man and man from bondage to a false belief — the false belief that he has the moral right to use animals for his own ends."
— Leslie J. Cross, The Vegan Story, 1955
The original project of veganism was therefore not to make animal exploitation more acceptable or more "respectful." It was to question the very principle of exploitation.
Evolution of the definition toward a way of life
This historical definition of veganism subsequently evolved within The Vegan Society, after Leslie J. Cross had died.
The official definition was gradually reformulated into the one that is now widely used:
"Veganism is a philosophy and way of living which seeks to exclude, as far as is possible and practicable, all forms of exploitation of, and cruelty to, animals for food, clothing or any other purpose; and, by extension, promotes the development and use of animal-free alternatives, for the benefit of animals, humans and the environment."
— The Vegan Society – History
The Vegan Society states that this definition was "amended and refined over the years" and specifies that this wording was in use from the winter of 1988 onward.
This evolution marks a shift in the way veganism is presented: whereas Leslie J. Cross's definition explicitly placed the principle of freeing animals from human exploitation at the center, the current wording presents it as a philosophy and way of living that seeks to exclude certain forms of exploitation and promote the development of alternatives.
This latter definition is the one that has been unanimously adopted and established within the "vegan" movement.
Source: Leslie J. Cross, co-founder with Donald Watson of the concept of "veganism," recounts the train of thought that led to this definition in several articles collected and published online by Nathan Schneider — candidhominid.com
Concepts de base
Spécisme
Le spécisme est une discrimination fondée sur l'espèce.
On distingue deux sortes de spécismes :
- Le spécisme anthropocentrique : on considère les animaux comme moralement inférieurs aux humains, en raison de leur appartenance biologique.
- Le spécisme inter-espèce : on attribue des statuts différents aux animaux selon des critères qui varient suivant nos cultures. Exemple : en occident, les chiens sont des animaux de compagnie qui ont une place au sein des foyers. Les veaux et les vaches sont exploités pour leur viande et leur lait. Les uns sont mis en valeur dans notre société, les autres sont invisibilisés, anonymisés et réduits à des produits alimentaires.
Tous sont la propriété totale et permanente des humains, de qui dépend leur sort.
Nous sommes nourris avec cette croyance depuis notre naissance. Elle est difficilement questionnable. C'est la raison pour laquelle, en toute bonne foi, nous exploitons les animaux.
De manière plus subtile, c'est cette même croyance qui nous amène à raisonner pour les animaux d'une manière que nous ne pourrions accepter si les victimes étaient humaines. Cette croyance s'immisce dans toutes les failles possibles de nos pensées, à notre insu.
Origine : le terme a été introduit en 1970 par Richard D. Ryder, puis popularisé par Peter Singer (Animal Liberation, 1975). Il est construit sur le modèle de « racisme » ou « sexisme ».
Véganisme
La création du terme « véganisme » en 1944 est communément attribuée à Donald Watson, et sa définition a été élaborée par Leslie J. Cross et finalisée en 1951.
« Le mot véganisme signifiera la doctrine selon laquelle l'homme doit vivre sans exploiter les animaux. »
« Le véganisme est un principe : l'homme n'a pas le droit d'exploiter les créatures pour ses propres fins. »
— Leslie J. Cross, "Veganism Defined", World Forum, n°1, vol. 5, été 1951, pp. 6-7.
« L'aspect positif de cette approche négative (la non-exploitation) est la reconnaissance de la liberté — en un mot, l'émancipation. Le véganisme pourrait donc être défini comme "le principe de l'émancipation des animaux d'exploitation par les hommes." »
— Leslie J. Cross, "In Search of Veganism 2", The Vegan, vol. 5, n°3, automne 1949, p. 16.
Ainsi, le véganisme, dans son sens originel, est un principe éthique qui vise à libérer les animaux de l'exploitation humaine.
Lorsque la Vegan Society est devenue une organisation caritative enregistrée en 1979, le Memorandum and Articles of Association ont défini le « véganisme » comme un mode de vie. Cette nouvelle définition vidait le véganisme de son sens éthique. Elle permettait de toucher un plus large public sans remettre en question le spécisme ni exiger une remise en question en profondeur.
Ainsi qu'expliqué sur le site de la Vegan Society, dans un document sur l'histoire du véganisme :
« La vision actuelle de la société est celle d'un monde dans lequel les humains n'exploitent pas les autres animaux. Travaillant à la réalisation de cette vision, notre mission consiste à faire du véganisme une approche facilement adoptée et largement reconnue pour réduire la souffrance des animaux et des humains ainsi que les dommages environnementaux, au moyen d'un dialogue sincère, pacifique et fondé sur les faits avec les individus, les organisations et les entreprises. »
— The Vegan Society, Ripened by Human Determination, p. 8
Voici, dans le tableau ci-dessous, les différences fondamentales entre la définition originelle et sa version « modernisée » largement adoptée aujourd'hui.
| Définition originelle — 1951 ✔ | Définition revue — 1979 ✖ |
|---|---|
| « le principe de l'émancipation des animaux de l'exploitation des hommes. » « Le mot véganisme signifiera la doctrine selon laquelle l'homme doit vivre sans exploiter les animaux. » « Le véganisme est un principe : l'homme n'a pas le droit d'exploiter les créatures pour ses propres fins. » |
« Le véganisme est une philosophie et un mode de vie qui cherchent à exclure — dans la mesure du possible et du praticable — toutes les formes d'exploitation et de cruauté envers les animaux, que ce soit pour l'alimentation, l'habillement ou tout autre but ; et, par extension, promeuvent le développement et l'usage d'alternatives sans recours aux animaux, dans l'intérêt des animaux, des humains et de l'environnement. Sur le plan alimentaire, il désigne la pratique consistant à se passer de tous les produits issus, en tout ou en partie, des animaux. » |
| Principe moral, éthique. | Philosophie, mode de vie, pratique. |
| Une seule raison : l'homme n'a pas le droit moral d'exploiter les animaux. | Diverses raisons : dans l'intérêt des animaux, des humains et de l'environnement. |
Il est important d'avoir à l'esprit, tout au long de votre lecture, cette différence fondamentale, et de vous référer à la définition éthique — la seule qui rejette la discrimination faite aux animaux.
Antispécisme
L'antispécisme est le rejet de toute discrimination fondée sur l'espèce.
Ryder, puis Peter Singer dans Animal Liberation (1975), popularisent l'idée selon laquelle il est moralement injustifié d'accorder moins d'importance aux intérêts d'un individu simplement parce qu'il appartient à une autre espèce.
Chez Singer, l'antispécisme découle de l'utilitarisme.
Dans La Libération animale, Petite Biblio Payot Essais, 2023, p. 55, Peter Singer écrit :
« Les conclusions défendues dans ce livre découlent du seul principe de minimisation de la souffrance. Il est intéressant de noter que cela vaut également pour la conclusion selon laquelle nous devrions, dans la majorité des cas, éviter de consommer des produits d'origine animale. »
— Peter Singer
Cette position ne condamne pas nécessairement toute utilisation des animaux, tant qu'elle ne cause pas plus de souffrance que de plaisir globalement.
Selon Singer, on peut se dire antispéciste sans être végane — si on estime que certaines exploitations animales seraient « moralement justifiées ». Cette vision est largement reprise dans les milieux académiques et médiatiques, où « antispécisme » devient une étiquette intellectuelle, parfois déconnectée de la pratique.
La dissociation entre théorie et pratique (se dire antispéciste mais non végane) vient de plusieurs sources :
- Influence universitaire : des philosophes comme Singer ont popularisé l'idée d'un antispécisme moral, centré sur les arguments théoriques, sans pour autant rejeter toute exploitation. On peut alors « adhérer à l'idée » sans la mettre en œuvre.
- Évolution militante : dans les années 2010, le terme antispécisme a été adopté par des mouvements militants cherchant à élargir le discours animaliste à des considérations politiques (abolition, justice sociale, intersectionnalité, etc.). Le terme s'est alors détaché du principe fondateur du véganisme pour devenir une posture philosophico-politique.
- Perception médiatique : les médias ont souvent présenté l'antispécisme comme un courant intellectuel, tandis que le véganisme était vu comme un mode de vie. Cela a renforcé l'idée que l'on peut être antispéciste « en pensée », sans changer ses pratiques.
| Antispécisme selon Singer | Véganisme | |
|---|---|---|
| Théorie | À intérêts égaux, les animaux doivent recevoir une considération morale égale, qu'ils soient humains ou non humains. | L'exploitation animale est moralement injustifiable |
| Pratique | On peut utiliser les animaux si on minimise leur souffrance | On cesse d'y participer |
| Cohérence morale | Théorie parfois sans pratique | Théorie et pratique indissociables |
Welfarisme
Le welfarisme (de welfare, « bien-être ») est une approche réformiste qui cherche à améliorer les conditions de vie et de mort des animaux exploités, sans remettre en cause l'exploitation elle-même.
Il est fondé sur la croyance selon laquelle la seule question qui importe dans notre relation aux animaux est de préserver leur bien-être et limiter leur souffrance. Les animaux peuvent continuer à être utilisés, pourvu que leurs souffrances soient réduites au minimum.
Exemples : promotion de l'élevage « en plein air », labels de « bien-être animal », campagnes pour une « mise à mort sans douleur ».
Le welfarisme ne questionne pas le fait même d'opprimer les animaux ; il légitime ainsi la domination humaine en la rendant moralement acceptable, sans s'attaquer à la cause première (le spécisme). Cette pensée s'inspire directement du travail du philosophe utilitariste Jeremy Bentham, puis de celui de Peter Singer.
Néo-welfarisme
Le néo-welfarisme désigne une approche stratégique selon laquelle des réformes welfaristes, ou visant l'abolition de certaines pratiques, conduiraient graduellement vers la fin de l'exploitation animale.
Cette stratégie s'appuie sur l'idée que des réformes inscrites dans une « logique spéciste » seraient des avancées vers un monde non spéciste. En clair, selon cette logique : en multipliant les réformes promouvant le welfarisme (donc l'exploitation des animaux d'une manière différente), l'abolition de l'exploitation des animaux adviendrait.
Le biais de cette stratégie réside dans le fait qu'elle se base sur une compréhension erronée du véganisme, résumé à un ensemble de pratiques. L'idée est d'arriver progressivement à « guider » les gens vers un changement de pratiques en invoquant des raisons diverses et en proposant des objectifs consensuels qui ne remettent pas en question le spécisme. Ce guidage mènerait à ce qu'à un instant T, un « switch » de mentalité se ferait et que plus personne ne consommerait d'animaux, ayant compris la nécessité d'être végane. Ce switch reste très nébuleux et sans fondement : il se base sur la croyance que des moyens moralement incompatibles peuvent produire un résultat moralement juste.
Cette approche a pour conséquence de conforter les non véganes dans leur conviction de consommer des animaux de manière « éthique ». Ils n'ont donc aucune raison de devenir végane : ils font déjà leur part.
Végétarisme
Le végétarisme désigne un mode de vie qui accepte toutes les formes d'exploitation animale sauf celle de la chair pour la consommation alimentaire. Il est adopté pour diverses raisons : la santé, l'environnement, la culture, la religion…
Certains disent être végétariens pour les animaux. Toutefois, à l'exception de leur chair, ils consomment des produits issus de leur exploitation. Cela révèle une méconnaissance de leur propre responsabilité.
Flexitarisme
Le flexitarisme est un régime alimentaire visant à réduire la consommation de produits animaux, pour diverses raisons, tout en continuant à en consommer. Sa dénomination « flexible » lui confère une caractéristique de flexibilité qui peut être perçue positivement.
Reduccétarianisme
Le reduccétarianisme (de reduction + vegetarian) consiste à réduire la consommation de produits animaux pour des raisons diverses, tout en continuant à en consommer. Le reduccétarianisme revendique une dynamique de réduction.
Utilitarisme
L'utilitarisme est une théorie morale selon laquelle l'action juste est celle qui maximise le bonheur ou minimise la souffrance du plus grand nombre.
Il a été formulé à l'origine par Jeremy Bentham (18ᵉ siècle), et popularisé dans la question animale par Peter Singer.
Le raisonnement est le suivant : les animaux sont capables de souffrir, leurs intérêts doivent être pris en compte dans le calcul du bien-être du plus grand nombre. Cependant, l'utilitarisme n'a pas de base éthique car il ne reconnaît pas les droits fondamentaux des animaux. On peut donc assassiner les animaux si l'on juge que c'est profitable globalement à la société.
Tolérance
Attitude de celui qui cherche à comprendre et à respecter les différences dans la mesure où elles ne causent pas de tort grave ou ne violent pas des principes fondamentaux.
Basic concepts
Speciesism
Speciesism is discrimination based on species.
There are two kinds of speciesism:
- Anthropocentric speciesism: animals are considered morally inferior to humans because of their biological characteristics.
- Inter-species speciesism: animals are assigned different statuses according to criteria that vary depending on our cultures. Example: in the West, dogs are companion animals that have a place within households. Calves and cows are exploited for their meat and milk. Some are valued in our society, while others are made invisible, anonymized, and reduced to food products.
All are the total and permanent property of humans, on whom their fate depends.
We are raised with this belief from birth. It is difficult to question. This is why, in good faith, we exploit animals.
More subtly, it is this same belief that leads us to reason about animals in a way that we could not accept if the victims were human. This belief infiltrates every possible flaw in our thinking, without our knowledge.
Origin: the term was introduced in 1970 by Richard D. Ryder, then popularized by Peter Singer (Animal Liberation, 1975). It is constructed on the model of "racism" or "sexism."
Veganism
The creation of the term "veganism" in 1944 is commonly attributed to Donald Watson, and its definition was developed by Leslie J. Cross and finalized in 1951.
"The word veganism shall mean the doctrine that man should live without exploiting animals."
"Veganism is a principle that man has no right to exploit the creatures for his own ends."
— Leslie J. Cross, "Veganism Defined," World Forum, No. 1, Vol. 5, Summer 1951, pp. 6–7.
"The positive aspect of this negative (non-exploitation) approach is the granting of freedom — in one word, emancipation. Veganism may therefore be defined as the principle of the emancipation of the animals from exploitation by man."
— Leslie J. Cross, "In Search of Veganism 2," The Vegan, Vol. 5, No. 3, Autumn 1949, p. 16.
Thus, veganism, in its original sense, is an ethical principle aimed at freeing animals from human exploitation.
When The Vegan Society became a registered charitable organization in 1979, the Memorandum and Articles of Association defined "veganism" as a way of life. This new definition emptied veganism of its ethical meaning. It made it possible to reach a wider audience without questioning speciesism or requiring a fundamental reconsideration.
As explained on The Vegan Society's website, in a document on the history of veganism:
"The current vision of the society is a world in which humans do not exploit other animals. Working towards this vision, our mission is to make veganism an easily adopted and widely recognised approach to reducing animal and human suffering and environmental damage by means of meaningful, peaceful and factual dialogue with individuals, organisations and companies."
— The Vegan Society, Ripened by Human Determination, p. 8
The following table therefore presents the fundamental differences between the original definition and its "modernized" version, widely adopted today.
| Original definition — 1951 ✔ | Revised definition — 1979 ✖ |
|---|---|
| "The principle of the emancipation of the animals from exploitation by man." "The word veganism shall mean the doctrine that man should live without exploiting animals." "Veganism is a principle that man has no right to exploit the creatures for his own ends." |
"Veganism is a philosophy and way of living which seeks to exclude — as far as is possible and practicable — all forms of exploitation of, and cruelty to, animals for food, clothing or any other purpose; and, by extension, promotes the development and use of animal-free alternatives, for the benefit of animals, humans and the environment. In terms of food, it refers to the practice of avoiding all products derived, wholly or partly, from animals." |
| Moral, ethical principle. | Philosophy, way of life, practice. |
| A single reason: man has no moral right to exploit animals. | Various reasons: for the benefit of animals, humans and the environment. |
It is important to keep this fundamental difference in mind throughout your reading, and to refer to the ethical definition — the only one that rejects discrimination against animals.
Antispeciesism
Antispeciesism is the rejection of all discrimination based on species.
Ryder, and then Peter Singer in Animal Liberation (1975), popularized the idea that it is morally unjustified to give less importance to the interests of an individual simply because they belong to another species.
In Singer's view, antispeciesism follows from utilitarianism.
In Animal Liberation (quoted here from the French edition, La Libération animale, Petite Biblio Payot Essais, 2023, p. 55 — translated from the French; original English wording to be confirmed), Peter Singer writes:
"The conclusions defended in this book stem from the single principle of minimizing suffering. It is interesting to note that this also applies to the conclusion that we should, in most cases, avoid consuming products of animal origin."
— Peter Singer (translated from the French edition)
This position does not necessarily condemn all use of animals, as long as it does not cause more suffering than pleasure overall.
According to Singer, one can therefore consider oneself an antispeciesist without being vegan — if one considers that certain forms of animal exploitation could be "morally justified." This view is widely adopted in academic and media circles, where "antispeciesism" becomes an intellectual label, sometimes disconnected from practice.
The dissociation between theory and practice (considering oneself an antispeciesist but not vegan) comes from several sources:
- Academic influence: philosophers such as Singer have popularized the idea of moral antispeciesism, centered more on theoretical arguments without necessarily rejecting all exploitation. One can then "adhere to the idea" without putting it into practice.
- Activist evolution: in the 2010s, the term antispeciesism was adopted by activist movements seeking to broaden animal advocacy discourse to include political considerations (abolition, social justice, intersectionality, etc.). The term was then detached from the founding principle of veganism to become a philosophical-political position.
- Media perception: the media have often presented antispeciesism as an intellectual movement, while veganism was seen as a way of life. This reinforced the idea that one can be antispeciesist "in thought" without changing one's practices.
| Concept | Theory | Practice | Moral consistency |
|---|---|---|---|
| Antispeciesism according to Singer | All animals have equal interests | Animals can be used if their suffering is minimized | Theory sometimes without practice |
| Veganism | Animal exploitation is morally unjustifiable | One ceases to participate in it | Theory and practice inseparable |
Welfarism
Welfarism (from welfare, "well-being") is a reformist approach that seeks to improve the living and dying conditions of exploited animals, without questioning exploitation itself.
It is based on the belief that the only question that matters in our relationship with animals is to preserve their well-being and limit their suffering. Animals can continue to be used, provided that their suffering is reduced to a minimum.
Examples: promotion of "free-range" farming, "animal welfare" labels, campaigns for "pain-free killing."
Welfarism does not question the very fact of oppressing animals; it therefore legitimizes human domination by making it morally acceptable, without addressing the root cause (speciesism). This thinking draws directly on the work of the utilitarian philosopher Jeremy Bentham, and later that of Peter Singer.
Neo-welfarism
Neo-welfarism refers to a strategic approach according to which welfarist reforms, or reforms aimed at abolishing certain practices, would gradually lead to the end of animal exploitation.
This strategy is based on the idea that reforms grounded in a "speciesist logic" would be steps toward a non-speciesist world. In other words, according to this logic: by multiplying reforms promoting welfarism (and therefore the exploitation of animals in a different way), the abolition of animal exploitation would eventually occur.
The flaw in this strategy lies in the fact that it is based on an erroneous understanding of veganism, reduced to a set of practices. The idea is to gradually "guide" people toward a change in practices by invoking various reasons and proposing consensual objectives that do not question speciesism. This guidance would lead to a point in time when a "switch" in mentality would occur and no one would consume animals anymore, having understood the necessity of being vegan. This switch remains very nebulous and without foundation: it is based on the belief that morally incompatible means can produce a morally just result.
This approach has the consequence of reinforcing non-vegans in their belief that they consume animals in an "ethical" way. They therefore have no reason to become vegan: they are already doing their part.
Vegetarianism
Vegetarianism refers to a way of life that accepts all forms of animal exploitation except that of flesh for food consumption. It is adopted for various reasons: health, the environment, culture, religion…
Some say they are vegetarian for the animals. However, except for their flesh, they consume products derived from their exploitation. This reveals a lack of awareness of their own responsibility.
Flexitarianism
Flexitarianism is a diet aimed at reducing the consumption of animal products, for various reasons, while continuing to consume them. Its "flexible" name gives it a characteristic of flexibility that can be perceived positively.
Reducetarianism
Reducetarianism (from reduction + vegetarian) consists of reducing the consumption of animal products for various reasons, while continuing to consume them. Reducetarianism promotes a dynamic of reduction.
Utilitarianism
Utilitarianism is a moral theory according to which the right action is the one that maximizes happiness or minimizes suffering for the greatest number.
It was originally formulated by Jeremy Bentham (18th century), and popularized in the animal issue by Peter Singer.
The reasoning is as follows: animals are capable of suffering, and their interests must be taken into account in the calculation of the well-being of the greatest number. However, utilitarianism has no ethical basis because it does not recognize the fundamental rights of animals. Animals can therefore be killed if one judges that doing so is beneficial to society overall.
Tolerance
Attitude of a person who seeks to understand and respect differences, insofar as they do not cause serious harm or violate fundamental principles.
Pour aller plus loin
Ma sélection personnelle : des livres, des vidéos et des liens pour continuer d'explorer.
Jérémie Lopez
Éducateur végane, fondateur de l'association Vegan for Justice et de la maison d'édition Vegan Education Publishing.
Le Guide du véganisme et Le Guide de l'activisme végane — deux guides présentés sous forme de questions-réponses pour comprendre de A à Z ce qu'est le véganisme et l'importance de l'éducation végane. Très fouillés et pédagogiques, ces deux guides sont pensés pour être des outils pratiques et puissants pour construire un monde où les animaux sont libres.
Jérémie Lopez a créé le concept de Principe d'Éducation Exponentielle, et ce ne sont pas des mots en l'air. Il exprime la puissance de l'éducation végane et porte un immense espoir pour les animaux.
Mais cette puissance ne peut se réaliser qu'à travers une éducation rigoureuse, fondée sur un message pédagogique et sans compromis sur le véganisme comme base morale minimum. Tout le travail de Jérémie est consacré à cette éducation. Je souhaite aujourd'hui en transmettre les enseignements à mon tour.
« Convaincre les gens un à un, ou par groupes, peut sembler être une tâche sans fin. Pourtant, en appliquant le principe d'éducation exponentielle, ce n'est pas le cas. Si chaque végane convainquait une personne de devenir végane chaque année, le monde pourrait théoriquement devenir végane en 24 ans. »
— Jérémie Lopez
Vous trouverez également davantage de matériel pédagogique sur ses réseaux sociaux : Facebook @jeremievegane · Instagram @veganforjusticeofficial · YouTube @JérémieVégane
Gary L. Francione
Professeur de droit et titulaire de la chaire Nicholas de B. Katzenbach Scholar of Law à la faculté de droit de l'Université Rutgers à Newark. Il est co-directeur du Rutgers Animal Rights Law Center et auteur de Animals, Property, and the Law (Les animaux, la propriété et le droit, Temple University Press).
Site : The Abolitionist Approach
Article : Why I Did Not Sign the Montreal Declaration on Animal Exploitation
Si vous souhaitez découvrir la pensée de Gary Francione, je vous recommande l'ensemble de son site. J'ai choisi cet article dont j'ai extrait la citation ci-dessous car elle reflète bien, selon moi, le cœur et l'esprit de son travail.
« Un point central de mon travail depuis les années 1990 est que le mouvement pour les droits des animaux a échoué parce qu'il a dissocié les moyens de la fin recherchée, en proposant des moyens qui ne sont pas adaptés à l'objectif d'abolir l'utilisation des animaux. J'ai soutenu que des moyens tels que les réformes du bien-être animal ou les campagnes ciblant des problèmes particuliers ne contribuent pas seulement à l'objectif d'abolir l'utilisation des animaux, mais qu'ils sont en réalité contre-productifs, car ils rendent les gens plus à l'aise avec le fait de continuer à participer à l'exploitation animale et contribuent ainsi à sa perpétuation. Ma position a toujours été — et reste — que le véganisme, c'est-à-dire le fait de ne pas utiliser les animaux pour l'alimentation, les vêtements, les produits de soins personnels, la recherche et la médecine, le divertissement, etc., dans toute la mesure du possible, constitue un moyen nécessaire et non négociable pour atteindre l'objectif d'abolir l'utilisation des animaux. »
— Gary L. Francione
Marshall B. Rosenberg
Créateur de la Communication NonViolente (CNV). Marshall Rosenberg a élaboré cette approche de la communication et a travaillé dans le monde entier comme médiateur et formateur. Il a fondé en 1984 le Center for Nonviolent Communication, une organisation internationale à but non lucratif.
Les mots sont des fenêtres (ou bien ils sont des murs) — Éditions La Découverte. Une initiation à la Communication NonViolente.
Conférence : Derrière chaque jugement, un besoin — Marshall Rosenberg
Dans cette courte vidéo, Marshall Rosenberg explique avec humour l'importance de créer du lien avec son interlocuteur et les méfaits d'une communication jugeante.
Dominion
Documentaire (version française)
Incontournable pour avoir une idée de la réalité quotidienne des animaux dits d'élevage.
Avertissement — les images montrées représentent des pratiques standards, et non des cas isolés.
Complément d'information — la seule solution qui respecte les animaux, c'est être végane, c'est-à-dire ne plus exploiter les animaux. Chercher à les exploiter de manière plus douce, c'est toujours les considérer comme des esclaves. Cela ne mettra jamais fin à cette immense injustice.
Cowspiracy
Documentaire — visionnable sur Netflix.
Ce documentaire veut dénoncer l'impact environnemental de l'industrie de l'exploitation animale. Il n'est aucunement question de véganisme.
J'ai toutefois souhaité vous partager un passage que je trouve particulièrement parlant : entre 1 h 08 min 45 s et 1 h 12 min, l'auteur du documentaire, dans sa logique environnementaliste, pense qu'il serait durable pour la planète de réduire drastiquement la consommation de produits animaux et se dit qu'élever quelques animaux dans une cour serait une solution. Il se rend donc chez un « petit exploiteur » qui possède 42 canards.
Dans cette séquence, nous avons l'illustration de ce que certains appellent « élever dans de bonnes conditions » et « tuer humainement ». Nous pouvons voir que le problème n'est pas le traitement, ni l'absence de souffrance.
Going further
My personal selection: books, videos and links to keep exploring.
Jérémie Lopez
Vegan educator, founder of the association Vegan for Justice and of the publishing house Vegan Education Publishing.
Guide to Veganism and Guide to Vegan Activism (the "expanded" English version is currently in progress) — two guides presented in a question-and-answer format to understand from A to Z what veganism is and the importance of vegan education. Very thorough and educational, these two guides are designed as practical and powerful tools for building a world where animals are free.
Jérémie Lopez created the concept of the Exponential Education Principle, and these are not empty words. It expresses the power of vegan education and carries immense hope for animals.
But this power can only be realized through rigorous education, based on an educational message and with no compromise on veganism as a moral minimum. All of Jérémie's work is devoted to this education. Today, I wish to pass on its teachings in turn.
"Convincing people one by one, or in groups, may seem like an endless task, yet by applying the Exponential Education Principle, it isn't. If each vegan convinces one person to go vegan each year, the world could theoretically become vegan in 24 years."
— Jérémie Lopez
You will also find more educational material on his social media: Facebook @jeremievegane · Instagram @veganforjusticeofficial · YouTube @JeremieVeganTalks
Gary L. Francione
Professor of law and Nicholas de B. Katzenbach Scholar of Law at Rutgers University Law School, Newark. He is co-director of the Rutgers Animal Rights Law Center and author of Animals, Property, and the Law (Temple University Press).
Website: The Abolitionist Approach
Article: Why I Did Not Sign the Montreal Declaration on Animal Exploitation
If you would like to discover Gary Francione's thinking, I recommend his entire website. I chose this article, from which I took the quotation below, because it reflects well, in my view, the core and spirit of his work.
"A central point in my work since the 1990s has been that the animal rights movement has failed because it decoupled the means from the ends, and proposes means that are not suited to achieve the end of abolishing animal use. I have argued that means such as welfare reforms or single-issue campaigns are not only not conducive to the end of abolishing animal use but are actually counterproductive because they make people feel more comfortable about continuing to participate in animal use and thereby perpetuate it. It has been and remains my view that veganism — not using animals for food, clothing, personal care products, research and medicine, entertainment, etc. to the extent practicable — is a necessary and non-negotiable means to the end of abolishing animal use."
— Gary L. Francione
Marshall B. Rosenberg
Creator of Nonviolent Communication (NVC). Marshall Rosenberg developed this approach to communication and worked throughout the world as a mediator and trainer. In 1984, he founded the Center for Nonviolent Communication, an international non-profit organization.
Nonviolent Communication: A Language of Life — PuddleDancer Press, 3rd edition, 2015.
Talk: Behind Every Judgment, a Need — Marshall Rosenberg
In this short video, Marshall Rosenberg humorously explains the importance of creating a connection with the person we are talking to and the harmful effects of judgmental communication.
Dominion
Essential viewing to get an idea of the daily reality of animals commonly referred to as "farm animals."
Warning — the images shown represent standard practices, not isolated cases.
Additional information — the only solution that respects animals is to be vegan, that is, to stop exploiting animals. Seeking to exploit them in a gentler way still means considering them as slaves. It will never put an end to this immense injustice.
Cowspiracy
Documentary — available to watch on Netflix.
This documentary seeks to expose the environmental impact of the animal exploitation industry. It is not about veganism.
Nevertheless, I wanted to share a passage that I find particularly revealing: between 1:08:45 and 1:12:00, the filmmaker, following his environmentalist reasoning, thinks that it would be sustainable for the planet to drastically reduce the consumption of animal products and considers that raising a few animals in a backyard could be a solution. He therefore visits a "small-scale exploiter" who owns 42 ducks.
In this sequence, we see an illustration of what some people call "raising animals in good conditions" and "humane killing." We can see that the problem is neither the way the animals are treated nor the absence of suffering.
Articles
J'ai plaisir à vous partager quelques réflexions. C'est souvent le matin que mes idées prennent naissance : je crois que, la nuit, elles se décantent pour m'apparaître plus clairement au réveil.
Ces articles abordent des questions fondamentales liées au véganisme. J'espère qu'ils vous parleront et vous donneront matière à réflexion.
N'hésitez pas à me faire part de votre avis.
Articles
To begin with, here is a thought that came to me one morning. This is often how my ideas come to me: I believe that, during the night, they settle and become clearer, so that they appear more clearly to me when I wake up.
This article addresses a fundamental issue within the vegan movement. I hope it will speak to you and give you something to think about.
Please don't hesitate to share your thoughts with me.
Les pièges, biais…
1. Le piège du spécisme
Nous vivons dans un monde spéciste. Nous naissons, grandissons et vieillissons avec la croyance, jamais remise en question, que nous sommes supérieurs aux animaux. Cette façon de voir les animaux est dans notre « nature ». Nos parents, nos éducateurs… nous l'ont transmise. Ils l'ont eux-mêmes reçue de leurs parents, de leurs éducateurs… et, pour la grande majorité d'entre nous, nous la transmettrons à notre tour à nos enfants. Nous perpétuons ainsi un cercle de violence que nous ne voyons même pas.
Puis un jour, une parole, une image, une question… et cette croyance se fissure. L'injustice nous apparaît et nous décidons de rompre ce cercle de violence. Il ne passera plus par nous. Nous voulons désormais porter la voix de ceux que nous avons si longtemps opprimés.
Mais nous oublions que nous avons été élevés dans le spécisme toute notre vie et que nous sommes immergés dans un monde de pensées spécistes, entourés de penseurs spécistes. Pourquoi notre manière de raisonner échapperait-elle soudainement à ce conditionnement ?
Lorsque j'ai découvert le principe éthique du véganisme, j'ai compris que, malgré ma pratique végane, ma vision des animaux était encore biaisée. Je m'étais laissé piéger par le spécisme tout en me croyant végane.
Quel végane ne parle pas de santé ou de bénéfices écologiques pour motiver son auditoire ? Quel végane ne dit pas : « C'est bien, c'est mieux que rien ! » lorsqu'une personne souhaite diminuer sa consommation de produits animaux ? Quel végane ne voit pas le végétarisme comme une étape vers le véganisme ?
C'était tout à fait mon cas. Pas vous ?
Pourtant, mettre en avant les bénéfices sanitaires ou écologiques comme motivation pour devenir végane est spéciste. Dire que diminuer la consommation de viande constitue une avancée pour les animaux est spéciste. Voir le végétarisme comme une étape nécessaire vers le véganisme est spéciste.
J'ai appris, ces dernières années, que le spécisme est souvent tapi derrière nos pensées « véganes ». Tel un illusionniste, il se fait passer pour une bonne idée pour les animaux. C'est là tout son piège : il nous fait croire que nous agissons pour leur libération alors que nous continuons, sans le voir, à promouvoir des raisonnements qui perpétuent leur exploitation.
C'est ainsi qu'avec effarement, je vois de nombreuses organisations ou personnalités « véganes », ayant pignon sur rue, défendre des solutions et des stratégies qui, en réalité, promeuvent l'exploitation des animaux. Elles sont reconnues pour les défendre, elles sont influentes, et pourtant elles diffusent des idées spécistes !
Le discernement est la clé. Discerner les actions spécistes des actions véganes et ne promouvoir que ces dernières : c'est à cette seule condition que les animaux seront un jour libérés de notre oppression. Faire autrement, c'est les condamner à jamais.
Catherine FRACHISSE — 4 août 2026
The traps, biases…
1. The trap of speciesism
We live in a speciesist world. We are born, grow up, and grow old with the unquestioned belief that we are superior to animals. This way of seeing animals is part of our "nature." Our parents, our educators… passed it on to us. They themselves received it from their parents, their educators… and, for the vast majority of us, we will in turn pass it on to our children. In this way, we perpetuate a cycle of violence that we do not even see.
Then one day, a word, an image, a question… and this belief begins to crack. The injustice becomes apparent to us, and we decide to break this cycle of violence. It will no longer pass through us. From now on, we want to give a voice to those whom we have oppressed for so long.
But we forget that we have been raised in speciesism all our lives and that we are immersed in a world of speciesist thinking, surrounded by speciesist thinkers. Why would our way of reasoning suddenly escape this conditioning?
When I discovered the ethical principle of veganism, I understood that, despite my vegan practice, my view of animals was still biased. I had fallen into the trap of speciesism while believing myself to be vegan.
What vegan does not talk about health or ecological benefits to motivate their audience? What vegan does not say, "It's good, it's better than nothing!" when someone wants to reduce their consumption of animal products? What vegan does not see vegetarianism as a step towards veganism?
That was certainly the case for me. Was it the case for you too?
And yet, presenting health or ecological benefits as a motivation for becoming vegan is speciesist. Saying that reducing meat consumption constitutes progress for animals is speciesist. Seeing vegetarianism as a necessary step towards veganism is speciesist.
Over the past few years, I have learned that speciesism often lurks behind our "vegan" thoughts. Like an illusionist, it presents itself as a good idea for animals. That is the very essence of its trap: it makes us believe that we are acting for their liberation while, without realizing it, we continue to promote ways of thinking that perpetuate their exploitation.
This is why, to my dismay, I see many well-established "vegan" organizations or public figures defending solutions and strategies that, in reality, promote the exploitation of animals. They are known for defending animals, they are influential, and yet they spread speciesist ideas!
Discernment is the key. Distinguishing speciesist actions from vegan actions and promoting only the latter: this is the only condition under which animals will one day be liberated from our oppression. To do otherwise is to condemn them forever.
Catherine FRACHISSE — August 4, 2026
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Les pièges, biais…
2. Les erreurs fondamentales du « c'est mieux que rien »
La croyance selon laquelle faire quelque chose « pour » les animaux « c'est toujours mieux que rien » semble si évidente et intuitivement logique qu'elle est pratiquement devenue un dogme de base du mouvement végane.
On la retrouve sous différentes formulations :
- C'est toujours mieux que rien.
- Agir est mieux que ne rien faire.
- Toute action est bonne à prendre.
- Chaque petite action compte.
Cette croyance nous conduit aux corollaires suivants :
- On a besoin de toutes les forces vives.
- Il ne faut critiquer personne.
- Il faut être tolérant.
- Il faut rester unis.
- Etc.
Cette croyance, si fortement ancrée, repose sur un faux dilemme associé à une confusion.
Elle nous met en face d'une alternative :
- ne pas agir ;
- agir.
Ici, « agir » englobe toutes les actions, du moment qu'elles vont dans un sens « bénéfique » pour les animaux. Ce bénéfice est souvent assimilé à une diminution du nombre d'animaux exploités ou de leur souffrance durant leur exploitation.
Or, considérer ces actions comme positives témoigne d'une compréhension erronée et encore spéciste du véganisme (cf. article 1). Nous confondons ce que nous croyons être bien et ce qui est juste pour les animaux.
Cette confusion altère notre discernement et permet le paradoxe suivant : nous savons qu'il ne faut pas exploiter les animaux, mais notre approche du véganisme, centrée sur la pratique plutôt que sur l'éthique, rend acceptable à nos yeux d'admettre l'exploitation des animaux, du moment qu'elle est « moins pire ».
Ce dogme du « mieux que rien » doit sa force à notre manque de formation sur ce qu'est le véganisme tel qu'il a été défini à son origine. Nous n'avons alors pas les moyens d'envisager le véganisme comme un minimum éthique à requérir.
Nous restons dans la vision d'un mode de vie adopté pour diverses raisons, plutôt que dans celle d'un changement de notre relation aux animaux fondé sur une raison morale.
Cette lacune nous conduit à percevoir un discours plus radical (de « radix » : « racine », qui va à la racine) comme « extrémiste ».
Dans cette vision, déconnectée de la morale, nous acceptons, les yeux fermés, ce que nous ne devrions jamais accepter : soutenir et défendre des actions qui perpétuent l'exploitation des animaux sous une forme différente, aménagée, plus douce.
En revanche, lorsque nous sommes au clair avec la dimension éthique du véganisme, nous rejetons toute action qui perpétue l'exploitation des animaux, sans exception : c'est précisément ce que signifie le véganisme.
Le véritable choix ne se limite donc pas à « agir » ou « ne pas agir ». Ce qui manque à cette alternative, c'est la manière dont nous agissons et le principe qui guide notre action. Trois possibilités se présentent alors :
- Ne pas agir. Ne rien entreprendre pour défendre les animaux.
- Agir sans discernement. Considérer comme positive toute action qui diminue la consommation de produits animaux ou la souffrance des animaux durant leur exploitation, bien qu'elle accepte ou perpétue leur exploitation.
- Agir avec discernement et sans compromis pour les animaux. Promouvoir la fin de l'exploitation et rejeter toute action qui ne le fait pas directement et clairement.
C'est la troisième option que le véganisme requiert. Le véganisme, en tant que principe de libération des animaux de l'oppression des humains, nécessite de savoir faire le tri entre ce qui est végane et ce qui ne l'est pas.
Agir, sans faire cette distinction, peut paraître positif. Cela explique pourquoi le « c'est mieux que rien », c'est si solidement ancré dans le mouvement végane. C'est un piège, car, de cette manière, le principe même de l'exploitation des animaux n'est jamais remis en question.
Mais comment met-on fin à l'exploitation animale sans remettre radicalement en question le principe même de cette exploitation ?
Pour illustration, voici un exemple :
Dans une société où les enfants sont maltraités, leurs défenseurs ont différentes approches. Certains organisent une action pour inciter les parents à les maltraiter un jour de moins par semaine.
Diriez-vous « c'est mieux que rien », « il ne faut pas critiquer » ou diriez-vous que les enfants doivent être respectés sans exception et que c'est le minimum à exiger des parents ?
En conclusion :
Non, agir n'est pas toujours mieux que rien.
Agir peut même être pire : laisser entendre que les humains auraient encore le droit d'exploiter les animaux tout en prétendant les défendre a une conséquence tragique : empêcher les non véganes de comprendre la nécessité du véganisme.
La fin de l'exploitation des animaux reste ainsi hors de portée.
Notre mission est d'agir avec le message et les actions justes.
Catherine FRACHISSE — 15 août 2026
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The traps, biases…
2. The fundamental errors of "it's better than nothing"
The belief that doing something "for" animals is "always better than doing nothing" seems so obvious and intuitively logical that it has practically become a basic dogma of the vegan movement.
We find it expressed in different ways:
- It's always better than nothing.
- Taking action is better than doing nothing.
- Every action is worth taking.
- Every little action counts.
This belief leads us to the following corollaries:
- We need everyone we can get.
- No one should be criticized.
- We must be tolerant.
- We must remain united.
- Etc.
This deeply rooted belief is based on a false dilemma combined with a confusion.
It presents us with an alternative:
- not acting;
- acting.
Here, "acting" encompasses all actions, as long as they are seen as going in a direction that is "beneficial" to animals. This benefit is often equated with reducing the number of animals exploited or reducing their suffering during their exploitation.
Yet considering these actions positive reflects an erroneous and still speciesist understanding of veganism (see Article 1). We confuse what we believe to be good with what is just for animals.
This confusion impairs our discernment and allows for the following paradox: we know that animals should not be exploited, but our approach to veganism, focused on practice rather than ethics, makes it acceptable in our eyes to allow animals to be exploited, as long as it is "less worse."
This "better than nothing" dogma derives its strength from our lack of education about what veganism is as it was originally defined. We therefore lack the means to view veganism as an ethical minimum to be required.
We remain within the view of a lifestyle adopted for various reasons, rather than seeing it as a change in our relationship with animals based on a moral reason.
This lack leads us to perceive a more radical discourse (from radix: "root," that which goes to the root) as "extremist."
Within this morality-detached view, we blindly accept what we should never accept: supporting and defending actions that perpetuate the exploitation of animals in a different, modified, gentler form.
By contrast, when we are clear about the ethical dimension of veganism, we reject any action that perpetuates the exploitation of animals, without exception: that is precisely what veganism means.
The true choice is therefore not limited to "acting" or "not acting." What is missing from this alternative is the way in which we act and the principle that guides our action. Three possibilities then emerge:
- Not acting. Doing nothing to defend animals.
- Acting without discernment. Considering any action that reduces the consumption of animal products or the suffering of animals during their exploitation as positive, even though it accepts or perpetuates their exploitation.
- Acting with discernment and without compromise for animals. Promoting the end of their exploitation and rejecting any action that does not directly and clearly do so.
It is the third option that veganism requires. Veganism, as a principle of liberating animals from human oppression, requires us to be able to distinguish between what is vegan and what is not.
Taking action without making this distinction may seem positive. This explains why "it's better than nothing" is so firmly rooted in the vegan movement. It is a trap, because in this way, the very principle of animal exploitation is never called into question.
But how can we put an end to animal exploitation without radically calling into question the very principle of that exploitation?
To illustrate, here is an example:
In a society where children are being abused, their defenders take different approaches. Some organize a campaign to encourage parents to abuse them one fewer day per week.
Would you say, "it's better than nothing," "we shouldn't criticize," or would you say that children must be respected without exception and that this is the minimum that should be required of parents?
In conclusion:
No, taking action is not always better than doing nothing.
Taking action can even be worse: suggesting that humans still have the right to exploit animals while claiming to defend them has a tragic consequence: preventing non-vegans from understanding the necessity of veganism.
The end of animal exploitation thus remains out of reach.
Our mission is to act with the right message and take the right actions.
Catherine FRACHISSE — August 15, 2026
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Entraînement
Comprendre ce qu'est le véganisme et, plus encore, apprendre à porter la voix des animaux nécessitent du travail et de la rigueur.
Une partie de ce travail consiste à s'entraîner à construire une argumentation juste, quelles que soient les circonstances. Ces exercices sont inspirés de discussions menées lors de sessions de rue ou sur les réseaux sociaux. Vous pourrez vous entraîner à répondre aux questions et aux objections les plus fréquentes.
Au fil des échanges, je partagerai ce que j'ai appris au cours de mon propre cheminement. Ce cheminement m'a progressivement conduite à voir clairement les réponses qui sont justes pour les animaux. Je vous invite à les examiner avec exigence, à les questionner honnêtement et à les confronter à vos propres convictions.
Chacun est invité à s'exprimer librement. Les divergences d'opinion sont les bienvenues, à une seule condition : échanger avec respect.
Training
Understanding what veganism is and, even more importantly, learning to speak up for animals require work and rigor.
Part of this work consists of practicing how to build sound arguments, whatever the circumstances. These exercises are inspired by discussions held during street outreach sessions or on social media. You will have the opportunity to practice responding to the most common questions and objections.
As the exchanges unfold, I will share what I have learned through my own progression. This process has gradually led me to see clearly which answers are just for animals. I invite you to examine them critically, question them honestly, and compare them with your own convictions.
Everyone is invited to express themselves freely. Differences of opinion are welcome, on one condition only: that we engage with one another respectfully.
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